Dimanche 27 mai 2007
7
27
/05
/Mai
/2007
01:04
Les concours sont bizarres... Bizarre, tiens comme c'est étrange. Voilà plusieurs milliers de candidats se pressant au portail des épreuves, tout en sachant
que seule une poignée d'entre-eux se verront auréolés du titre de lauréat. Gueule de bois assurée. Les règles sont ainsi faîtes. Le titre à donner à cet évènement coule de source... Mission
impossible. Si vous l'acceptez, sachez que les ingrédients qui vous permettrons de contribuer au succés que vous attendez tant, se situent dans vos talismans, à savoir... votre tête, votre
coeur, et vos mains. Préparer un concours doit susciter chez chaque candidat tous les superlatifs... En tout. En quoi ? En tout. Mais encore...
Ma méthode consistant à aborder cette tranche de vie, m'a permis -involontairement- de redécouvrir le monde, ses multiples cultures, ses presque 5000 langues parlées le long des continents.
Enfin... qu'il y ait 5000 langues, je le savais eu égard à mes cours de linguistique à la fac... Ayez donc un entretien avec un officier de la brigade des stup', et vous aurez le
sentiment de converser, au bout de cinq minutes, avec un steward d'Air France. Filières albanaise, turques, clans nigérians, cartel de Medellin, mafias, triades, j'en passe et beaucoup
d'autres. De Tokyo (Yakuza) à New-York, en passant par Marseille (le Milieu), vous prendrez la
route des Balkans, et terminerez votre périple à Kaboul : Bienvenue à Opium city. Vous aurez le même ordre d'idées en passant à la rubrique terrorisme. On n'imagine pas à quel point
ces deux grands aspects de la criminalité sont intimement liés. La préparation des épreuves m'inspire une aventure, un voyage à travers les civilisations. En effet, lorsqu'on souhaite aborder le
sujet ô combien complexe de l'islamisme, par exemple, on tend à vouloir connaître un peu plus que ce que les médias veulent bien nous en dire. De surcroît, on plonge tête baissée
dans l'univers des pays arabo-musulmans. Non pas celui des images préfabriquées par nos fantasmes imaginaires, et versant dans la caricature, mais dans celui d'Averroès, de Cordoux, de
Lawrence d'Arabie, de Palmyre, d'Alep, et de tous ces multiples éléments qui font que la civilisation arabe ne se limite pas uniquement à l'expression la plus violente décrite dans nos médias, et
chez certains de nos politiques... D'ailleurs, quelle société n'est pas violente, d'une manière ou une autre ? Je repense à ces longues heures passées à travailler la chimie, la bio et les
maths... Révisions agrémentées par les thés à la menthe, le café à la turc, ou à la cardamone. Ma cuisine ressemble désormais plus au souk des rues de Damas, avec ses parfums de
cannelle, du clou de girofle, de noix de muscade. Atmosphère autrefois terne et sombre, mes diners sont maintenant, souvent relevés par une pointe d'épice, une pincée de safran en guise de
condiment... Bref tout cela me donne un avant-goût de l'ambiance à laquelle je me destine, en parcourant l'histoire de l'islamisme et du terrorisme, çà redouble en moi une volonté de mieux
imprégner et comprendre ce sujet ô combien difficile... Les membres du jury souhaitent parfois connaître notre point de vue sur le terrorisme, autant alors l'explorer en y empruntant une parcelle
des cultures culinaires de certaines sociétés... Joindre l'utile à l'agréable est tellement plus bénéfique à la préparation aux concours. Mes nuits étoilées sont ainsi accompagnées par mes
traditionnels cafés dont le mare libère les senteurs exotiques de la cardamone. Je feuillette l'ouvrage de Gilles Kepel... Jamais je n'aurais tant appris sur le terrorisme, sans la lecture de ses
essais...
Les bureaux sont bizarres... Bizarre, tiens comme c'est étrange. Ils reflètent notre façon de s'organiser, de penser, de travailler... Là mon Larousse ménager de 1926, au premier plan, le
portable, outil indispensable à la connexion internet, et à l'accés au savoir et à la connaissance... A l'extrême droite mes dossiers, mon mémoire tout frais, tout net sur mes réflexions de la
police scientifique... mes notes sur la LOPSI (mon alpha, mon oméga), mon disque de Metallica pour une poussée d'adrénaline, un disque de Paco de Lucia, un autre de Lisa Ekdahl pour l'harmonie.
Et là au bout de la table, entre le que sais-je de Charles Diaz et mes bâtons de réglisses, patiente docilement, tranquillement, une boisson alliant simultanément efficacité et
parfum d'outre-tombe : mon élixir. Mon Fernet-Branca, indissociable partenaire. Le seul alcool capable de désaoûler, si utilisé dans une potion prévue à cet effet. Il
m'arrive d'en verser une lichette dans mon express'... Si si. Son amertume, son parfum, son essence dégagent une puissance faisant renaître en moi toutes les saveurs orientales et occidentales
réunies. Une goutte de l'elixir, c'est l'universel, l'explosion, le feu d'artifice...
J'ingurgite à petites gorgées mon express' imbibé de l'étrange liquide, et je replonge plus en avant dans mes dossiers de la police scientifique... Bizarre, vous avez dit bizarre, tiens
comme c'est étrange, comme c'est bizarre...